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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 14:39

Les bibliothèques de Saint-Brieuc proposent régulièrement des  rendez-vous avec des auteurs. Retour sur la rencontre avec Michel Pastoureau, le 23 mai 2014, autour de Vert : Histoire d'une couleur (Seuil, 2013).

 

Michel Pastoureau est un historien médiéviste, spécialiste de la symbolique des couleurs, des emblèmes et de l'héraldique. Pour lui, « les problèmes de la couleur sont d’abord des problèmes de société » : ses définitions, sens, codes, valeurs... changent en fonction des cultures et c'est pourquoi il limite son travail à l'Europe Occidentale, qu'il connaît le mieux.

 

Après s'être notamment intéressé à la couleur préférée des pays occidentaux (50% de la population) dans Bleu : Histoire d'une couleur (2002), aux messages véhiculés avec Le Petit Livre des couleurs (2005), à la particularité du Noir : Histoire d'une couleur (2008), à son passé avec Les Couleurs de nos souvenirs (2010), il évoque maintenant sa couleur préférée : le vert.

 

 

Le vert est une couleur ambivalente, liée au changement. À la fois symbole de vie, de sève, de chance et d'espérance mais il est aussi associé au poison, au malheur, au diable et à ses créatures. Un Européen sur six a le vert comme couleur préférée et un Européen sur six le déteste ! Au cours de l'Histoire, il est mal aimé, apprécié, délaissé, recherché... c'est cyclique et « on est dans une période haute avec l’environnement et l’écologie. » Aujourd'hui, le vert serait confisqué par les idéologies (comme le rouge avec le communisme) et « on lui confie la mission de sauver la planète. »


Une couleur incertaine : des origines à l'an mille

 

Le vert est longtemps absent des teintures et des écrits, à tel point que certains se sont demandés si les Grecs voyaient le vert ! Il y a très peu de mots pour le bleu et le vert mais il n'y a « pas de rapport direct entre la perception et la nomination des couleurs. » Pour les Romains, c'est une couleur barbare, sombre, et Néron faisait scandale en la valorisant. Il est absent de la Bible, comme la majorité des couleurs, et c'est l'Islam qui le mettra à l'honneur : couleur préférée du prophète Mahomet, il devient couleur sacrée.

 

Une couleur courtoise : XIe-XIVe siècle

 

Le vert se développe dans les sociétés aristocratiques grâce aux teinturiers qui mélangent le jaune et le bleu, « technique barbare ». Il devient le symbole de la jeunesse, de l'espérance, de l'amour jeune et turbulent. Tristan serait le parfait exemple du « héros vert. » Le tilleul, arbre préféré de l'époque, avait « toutes les vertus » et le perroquet était alors un cadeau fréquent à sa dame.

 

Une couleur dangereuse : XIVe-XVIe siècle

 

Le vert « devient l'une des couleurs du diable et de ses démons verdâtres : farfadets, lutins, grenouilles... les ancêtres de nos êtres verts. » C'est la couleur de l'étrangeté et on l'assimile à « cruel, traître, animé de mauvaises intentions. » Le vert devient verdâtre et les mélanges impossibles avec la mise en place du droit des teinturiers : ceux qui s'occupent du rouge ont aussi en charge le jaune et le blanc, les teinturiers du bleu possèdent les cuves de vert et de noir.


Une couleur secondaire : XVIe-XIXe siècle

 

Avec la Réforme protestante, les couleurs voyantes (rouge, jaune, vert) deviennent horribles et déshonnêtes. Sur les vêtements, c'est signe de péché et il est indécent de se faire remarquer avec du vert. La palette des peintres se rétrécit : il faut alors fuir ces couleurs voyantes et « les mélanges sont indignes d'un grand artiste. Hors la malachite coûte cher et les verts artificiels sont dangereux. » C'est l'origine de nombreuses coutumes et superstitions, par exemple le vert est tabou au théâtre car il porterait malheur au spectacle et aux acteurs, cela viendrait des accidents issus des vêtements peints en vert-de-gris ! Le vert est également interdit sur la coque des bateaux par une ordonnance de Colbert ! C'est aussi la couleur des sorcières... Il faudra attendre le mouvement romantique et le développement de l'indigo pour que le vert soit de nouveau apprécié. Durant cette période, le bleu prend progressivement la place du vert pour représenter l'eau qui était pensée et perçue verte depuis des millénaires.


Une couleur apaisante : XIXe-XXIe siècle

 

L'invention du tube de peinture s'accompagne d'un essor de la peinture de paysage. Le vert redevient à la mode même s'il ne fait pas l'unanimité (Kandinsky, le Bauhaus et les savants n'aiment pas le vert). Le vert c'est la nature, l'optimisme, la santé, l'hygiène, la fraicheur, l'hôpital, la médecine... mais aussi l'écologie, la défense de l'environnement... Le vert s'installe, loin derrière le bleu (50% de la population), à la seconde place des couleurs occidentales préférées (moyenne de 15-18% dans les sondages). Viennent ensuite à égalité le rouge, le noir, le blanc et le jaune. Le brun, le violet et le rose étant les couleurs les plus détestées. 

 

Quelques anecdoctes : glaz et drapeau français

 

De nombreuses langues ne possèdent qu'un seul mot pour désigner le bleu et le vert. C'est le cas du breton qui ne fait pas de différence entre le vert, le bleu et le gris en utilisant le terme glaz

 

Avec des si... le drapeau français aurait pu être vert ! Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulin harangue la foule, cueille une feuille de tilleul, symbole de liberté, comme la couleur verte, et la place sur son chapeau en incitant tout le monde à faire pareil. Les cocardes vertes seront très vite remplacées par d'autres blanches, rouges et/ou bleues car les insurgés se rendent compte que le vert était aussi la couleur du réactionnaire et impopulaire comte d'Artois (futur Charles X).

 

Autres anecdoctes glanées durant les traditionnelles questions-réponses :

- « Un aveugle a la même culture des couleurs qu'un voyant ! »

- Depuis 2007, le griffon briochin a changé de sens, il est tourné vers l'avenir. D'après Michel Pastoureau, « en héraldique, inverser un blason était signe de traîtrise. »

- Et pleins d'autres sont à découvrir dans ses ouvrages passionnants.

 

Et une petite illustration vidéo sur les couleurs, par l'auteur de ce billet de blog :

https://www.youtube.com/watch?v=1TOjhVBk0pg

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Published by Régis Dumas - dans Expo - conférence
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commentaires

Isa 25/10/2014 13:47

Bonjour,

Avez vous testé "je suis gay à st brieuc" ? où "j'emménage à st brieuc avec ma famille homoparentale" ? en résumé, nous sommes un couple de femme avec jeunes enfants et nous avons pour projet de nous installer dans les environs de st brieuc, nous voudrions savoir si nous avons des chances de pouvoir nous intégrer et surtout de vivre en paix ?

merci

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